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Richard Bona
Cameroun

Artiste complet, maître absolu de son art, mélodiste d'une élégance et d'une sensualité rares, chanteur poignant et l'un des meilleurs bassistes du monde
Biographie

Il est incontestablement l'une des cinq révélations planétaires de la décennie écoulée. Un artiste complet, maître absolu de son art, mélodiste d'une élégance et d'une sensualité rares, chanteur poignant et membre de la confrérie très fermée des "meilleurs bassistes du monde".
Richard Bona, surnommé le "Sting africain", promène son sourire, son humour, sa sérénité et sa grâce à travers le monde depuis une bonne quinzaine d'années. Ses deux premiers albums nous l'ont fait découvrir formidable raconteur d'histoires, musicien surprenant et vocaliste proprement envoûtant. Son style unique, campé au carrefour d'une foule d'influences (jazz, bossa, pop music, afro-beat, chants traditionnels, funk...), a donné à la musique ¿ dite ¿ africaine une dimension nouvelle, jusqu'ici inexplorée et pour le coup réellement universaliste.
Un conteur disions-nous. Munia, titre de son troisième CD, signifie justement conte en langue douala (du groupe bantou, l'un des 220 dialectes parlés au Cameroun). Émotion contenue, charme troublant, magie douce et fines fulgurances au programme d'un CD aussi élégant que métissé.
Petit-fils d'un percussionniste et chanteur reconnu, Richard Bona naît en 1967 à Minta, village du centre camerounais posé sur le plateau de l'Adamaoua, entre savanes arbustives et forêt vierge (on pourrait d'ailleurs comparer sa musique aux couleurs, babils et foisonnement des milliers d'espèces d'oiseaux la peuplant). Dès ses premiers cris, la musique constitue son environnement familier. Maman et ses quatre sœurs chantent tous les dimanches à l'église locale, et dès ses 5 ans, petit Richard les rejoint sur l'estrade. Les sons, l'harmonie et le chant sont pour lui une vraie passion. Singulièrement ingénieux, le môme bricole des flûtes de roseau, un gros balafon, des percussions en bois et sa première guitare à 12 cordes. Avec les moyens du bord, comme n'importe quel gosse d'un pays pauvre : "Je traînais du côté des ateliers de réparation de cycles et dès que les types avaient le dos tourné, je chapardais des câbles de freins à vélo pour les cordes de mon prototype (rires)". Il s'entraîne entre huit et douze heures par jour, consacrant aussi une partie de son temps à animer, comme chanteur et multi-instrumentiste, toute une gamme de cérémonies religieuses, mariages, baptêmes et fêtes privées ou publiques. Détail d'importance : Richard possède un don peu commun. Il lui suffit d'observer intensément quelqu'un en train de jouer pour apprendre son instrument.
Il a 11 ans lorsqu'il accompagne son père à Douala, la grosse métropole portuaire, deuxième ville du pays avec ses presque deux millions d'habitants. Il ne tarde pas à y trouver son premier job régulier : guitariste d'un groupe de danse. "La guitare, à l'époque, était en Afrique de l'Ouest l'instrument à la mode hors duquel n'existait point de salut."
En 1980, le tenancier français d'un club local le charge de monter une petite formation d'inspiration jazz (tendance soul-jazz ou jazz-rock) et lui confie à cet effet une collection de cinq cents vinyles afin qu'il s'en "imprègne au maximum". Richard découvre donc le jazz, la liberté, la complexité et la virtuosité de cette musique inventée par les descendants américains de ses aïeux. "C'est comme ça que je suis tombé sur l'album de Jaco Pastorius, le premier, celui qui portait son nom (Jaco Pastorius, Columbia 1976, NDA), et que je n'en suis jamais revenu. Lorsque j'ai commencé à l'écouter, je me suis demandé pendant un moment si je ne m'étais pas trompé de vitesse, si je n'avais pas joué ce 33 t. en 45, et je suis même allé vérifier. Avant Jaco, je n'avais songé à jouer de la basse

À 22 ans (1989) le jeune homme quitte le Continent noir pour Paris où il ne tarde pas à se tailler une jolie réputation, jouant avec Didier Lockwood, Marc Fosset ou André Ceccarelli et participant à des séances de studio pour des personnalités du gabarit de Manu Dibango, Salif Keita et Joe Zawinul (My People, 1992).
1995. À l'instar de la chanteuse Angelique Kidjo (qu'il a aussi accompagnée), partie vivre avec sa famille à New York, Richard franchit l'océan et s'installe à Manhattan. Il y reprend rapidement contact avec Zawinul et se voit convié à une tournée mondiale à ses côtés.
Son nom, là bien plus encore qu'à Paris, commence à circuler chez les "pros" ¿ "New York est une ville à 120 % jazz. Dès qu'une porte est entrouverte, il faut foncer". Repéré dans une boîte du centre ville par le parolier Jake Holmes, vieux compagnon de route d'Harry Belafonte, Richard se retrouve quelques semaines plus tard, propulsé directeur musical, bassiste et arrangeur d'icelui. Une "fabuleuse aventure" de dix-huit mois auprès d'une personnalité spécialement attachante, grand ami de feu Martin Luther King, grand et sincère combattant de la lutte des Noirs pour les droits civiques et grand "métisseur" avant l'heure qui, dès les années 60, mélangeait soul et calypso, folk et chansons créoles, jazz et rumba...
Après, sur une liste de contributions semblable à une double page d'annuaire, citons gigs, concerts et séances auprès de Randy et Michael Brecker, Paul Simon, Chaka Khan, Tito Puente, Eddie Palmieri, Chucho Valdès, Mike Stern, Larry Coryell, Steve Gadd, Joni Mitchell, Harry Connick Jr., Herbie Hancock, Billy Cobham, Queen Latifah, Jacky Terrasson, Bobby McFerrin, Chick Corea, George Benson (l'homme s'est même payé le luxe, pour cause de "surbookage", de refuser une tournée avec Eric Clapton) et encore Zawinul (il chante et taquine basse et percussions sur World Tour 98 et Faces & Places, sorti en 2002).
Sur les conseils de Branford Marsalis, il est choisi pour jouer sur le premier CD de Frank McComb, chanteur du groupe Buckshot Le Fonque (versant funky de l'aîné des frères Marsalis). Une production Columbia, label qui, quelques mois plus tard, et toujours sous le parrainage de Branford, offre à Richard l'opportunité de graver son premier témoignage discographique.
Scenes from my life sort en 1998, affichant, entre autres, les noms de Michael Brecker, Omar Hakim et Jean-Michel Pilc, 30 000 exemplaires écoulés : excellent chiffre pour la première sortie d'un artiste peu connu du grand public (un "musician's musician" en langage métier) et classé, c'est selon, aux rayons jazz ou Afrique, pas forcément des plus vendeurs.
Extraits de l'accueil reçu alors par ladite galette :
"On n'aime pas montrer que l'on est impressionné par le dernier gamin découvert à New York. Mais même les plus récalcitrants à cette règle changent d'avis lorsqu'il s'agit de Richard Bona" (Newsweek). "Chef d'¿uvre inespéré, acte de naissance d'un artiste qui préfère chanter plutôt que de tricoter les modèles prêts-à-porter du bassiste le plus doué de sa génération"
(Gérald Arnaud, Jazzman).
"Richard Bona est un grand chanteur et non pas un grand bassiste qui chante. Un chanteur et un compositeur. Richard Bona vient d'enregistrer un grand disque. Un disque d'une grande diversité"
(Jackie Berroyer, Vibrations).
Car si cet album surprend, c'est au premier chef parce que notre ami, inconditionnel de Jaco Pastorius, s'y paie le luxe de ne placer aucune ligne de basse. "La musique ne s'arrête pas à un solo de basse, la démonstration n'est pas mon tempérament, dit-il. En France, on me connaissait essentiellement comme accompagnateur. Qui m'aurait laissé chanter ? Or je suis un chanteur depuis mon enfance et ici on m'a laissé cette chance." Emballées d'arrangements dépouillés et sournoisement portées par sa voix saisissante, ces douze chansons font leur chemin sans aucune ostentation et s'insinuent tout en douceur entre vos neurones?
Reverence, deuxième pièce Columbia, plus intimiste, confirme les espoirs placés en Scenes from my life, salut gracieux à l'adresse du monde traitant de problèmes et de bonheurs personnels comme de sujets universels, la foi, la communication entre humains... Mieux : le jeune homme y lance un véritable appel à vivre les choses plus lentement pour profiter plus pleinement de la vie.
Retour, donc, à une production française puisque c'est Universal Jazz France qui gère dorénavant l'actualité discographique de Richard Bona. Munia est une ¿uvre multiple et dansante, d'une fraîcheur absolue et, peut-être, l'album le plus éclectique et passionnant de Richard Bona (qui, outre le chant, les compositions et les arrangements, tient basse et basse piccolo, guitares acoustiques et électriques, synthétiseurs, vocoder, claviers et percussions) . "À New York, où je vis avec mon fils Leo, je me nourris d'une foule de choses extérieures à ma culture."
Munia, onze titres auxquels ont notamment collaboré le batteur Nathaniel Townsley, le claviériste George Whitty, le pianiste George Colligan et le saxophoniste Aaron Heick, traduit on ne peut mieux cet état d'esprit, qui ondule d'un genre l'autre (sans d'ailleurs que cela ne rompe l'écoute : comme quoi les étiquettes sont plus affaire de commerçants que de créateurs ! Bona s'y adjoint quelques invités de marque : Kenny Garrett au sax alto et Vinnie Colaiuta aux tambours (le très jazzy "Painting a wish"), Salif Keita (voix), Djely Moussa Conde (kora) et Bailo Ba (flûtes traditionnelles) dans l'entraînant "Kalabancoro" ou encore la guitare acoustique et subtilement virtuose de Romero Lubambo dans la très vive et enjouée bossa-nova "Bona Petit" (l'une des rares pièces où le chanteur




Discographie

2009 - The Ten Shades of Blues
Universal Music


2008 - Bona Makes You Sweat
Universal Music


2006 - Tiki
Decca


2005 - Toto Bona Lokua
Sunnyside


2003 - Munia - The Tale
Verve


2001 - Reverence
Sony


1999 - Scenes From My Life
Sony



     


01.10.10 En duo avec Sylvain Luc - Théâtre de Thouars , Thouars (F)
02.10.10 En duo avec Sylvain Luc - Théâtre Traversière, Paris (F)
09.10.10 Palais de la Culture, Abidjan Cote d'Ivoire
12.10.10 En trio avec Manu Katche et Raul Midon - Opéra Berlioz, Montpellier (F)