Biographie
OYO, le nouvel album d’Angélique Kidjo puise dans ses racines qui s’étendent bien au-delà des frontières du Bénin, son pays natal. Cette auteure-compositrice interprète et danseuse, couronnée d’un Grammy Award, est en effet définitivement une artiste planétaire du 21ème siècle qui franchit les frontières, les genres et les ethnies, relie des formes musicales du monde entier, tout en restant très attachée aux traditions qui sont les siennes.
OYO, qui mêle rhythm & blues, soul, jazz et mélodies béninoises, réunit également trois compositions originales. Angélique a grandi dans la ville portuaire de Cotonou au sein d’une famille artistique, où elle s’est imprégnée d’un très large éventail de musiques et de danses. Dans les années 60 en Afrique de l’Ouest, on écoute beaucoup de pop internationale ; James Brown, Otis Redding ou Carlos Santana, de même que Miriam Makeba et Bella Bellow, font partie de l’univers musical de la petite Angélique.
“Move On Up” de Curtis Mayfield, qu’Angélique interprète en duo avec John Legend, également couronné d’un Grammy Award, illustre bien son amour pour cette musique. Ce titre, choisi “par ma fille” dit-elle, conjugue avec brio intemporalité et contemporanéité. Lorsque Curtis Mayfield l’a interprété en 1970, il s’agissait d’un cri de ralliement adressé à la jeunesse américaine défavorisée. En 2010 pour Angélique Kidjo et John Legend, accompagnés de choristes inspirés et de cuivres puissants, “Move On Up” devient un appel à la jeunesse africaine pour qu’elle prenne en main le destin de son continent.
“Atcha Houn”, le morceau qui clôture l’album remonte à des souvenirs encore plus lointains. A six ans lorsqu’Angélique chante en public pour la toute première fois de sa vie, il s’agit de ce chant traditionnel, “une sorte de musique de défilé que les gens entonnaient lors de rassemblement. Je l’ai chanté dans le cadre de la troupe de théâtre de ma mère,” se souvient-elle. “Il a fallu qu’elle me pousse sur scène, mais c’est à partir de ce moment là que j’ai commencé à devenir vraiment accro au chant et à la scène.”
Sur “Atcha Houn”, ainsi que sur plusieurs autres chansons de l’album, Angélique est accompagnée pour son plus grand bonheur de son compatriote et ami d’enfance, l’excellent chanteur et guitariste, Lionel Loueke. “Son frère était dans la même classe que moi,” raconte-elle. “Lionel a parfaitement compris ce que j’essayais de faire lorsque je lui ai dit que je voulais me plonger dans la musique qui m’avait influencée dans mon enfance.”
C’est donc cette musique – celle de sa jeunesse – qui constitue le thème des titres hypnotiques de cet album. Au travers de ses versions de quatre chansons de grandes figures de la pop américaine, Angélique dévoile son talent pour “introduire la musique du Bénin”. “Samba Pa Ti” de Carlos Santana s’impose comme une ballade captivante soulignant le fascinant jeu de trompette de Roy Hargrove. Dans “Cold Sweat”, enregistré avec la participation de membres du groupe d’afro beat Antibalas, les puissants riffs de cuivres et les chœurs impressionnants qui accompagnent la remarquable prestation d’Angélique n’aurait certainement pas laissé James Brown indifférent. Angélique se souvient aussi de “I Got Dreams To Remember” d’Otis Redding et de son frère lui disant : “Tu ne comprends pas ce qu’il dit,” en lui ordonnant de se taire alors qu’elle essayait de chanter ce morceau. Comme Angélique ne renonce jamais, elle interprète ici ce titre avec une rare ‘soul’ littéralement renversante. Elle reprend enfin une autre chanson très connue, “Baby I Love You” d’Aretha Franklin, qui s’ouvre sur des percussions et des voix avant qu’Angélique Kidjo et Dianne Reeves ne se lancent dans un duo de divas très inspiré de la reine de la soul.
Imprégnée tout au long de son enfance des influences de la pop américaine, Angélique connaît ensuite une évolution de carrière progressive et régulière. Après avoir conquis les ondes béninoises, Angélique s’installe à Paris au début des années 80, lorsque la situation politique du Bénin devient insoutenable pour une artiste indépendante. D’abord très présente sur la scène jazz, elle élargit progressivement ses centres d’intérêts pour devenir une artiste majeure d’envergure internationale dans les années 90.
Ces dix dernières années, Angélique a également utilisé son image pour s’investir dans diverses œuvres humanitaires, notamment l’UNICEF (dont elle est l’une des Ambassadrices de Bonne Volonté) ou sa propre ‘Fondation Batonga’ (destinée à soutenir l’éducation des jeunes filles africaines). En septembre 2009, elle a soutenu l’UNICEF dans le cadre d’une campagne contre le tétanos en cédant une partie des recettes résultant des téléchargements de la chanson “You Can Count On Me” pour fournir des vaccins contre le tétanos aux femmes enceintes et aux mères de famille. De même, “Agbalagba”, a été écrite à l’origine pour être téléchargée gratuitement avec Say You’re One Of Them de l’écrivain nigérien Uwem Akpan, un livre salué par le New York Times et plébiscité par Oprah Winfrey, qui se compose de cinq histoires envisagées du point de vue d’un enfant africain.
Le titre de cette chanson, qu’Angélique a écrite en Yoruba avec Jean Hebrail, son collaborateur de longue date, signifie “les ancêtres”, tandis que les paroles évoquent la responsabilité des jeunes envers ceux qui les ont précédés. “Je me suis immédiatement senti proche d’Uwem. Dès que nous nous sommes rencontrés, c’était comme si nous nous connaissions depuis toujours. Je suis fière d’avoir écrit une chanson liée à ce magnifique livre.”
Angélique n’a cependant jamais perdu ses influences musicales africaines, comme en témoigne plusieurs morceaux d’inspiration traditionnelle, à commencer par “Zelie”, dont la mélodie dramatique composée par Bella Bellow du Togo, est interprétée avec une réelle intensité dramaturgique. “Lakutsn Llanga”, une berceuse chantée avec une grande délicatesse, souligne son admiration pour la regrettée Miriam Makeba, tandis que “Mbube” propulsé par des rythmiques fougueuses et également associé à Makeba (et Harry Belafonte) est, comme l’explique Angélique : “la version originale du ‘Lion est mort ce soir’ avant qu’elle ne soit adaptée en français et en anglais”. Quant au thème principal du film de Sidney Pollack, “Out of Africa”, composé par John Barry, il fait l’objet d’une interprétation d’une rare intensité. “Il fallait que je chante ce thème que je trouve d’une perfection exceptionnelle,” déclare Angélique.
Les chansons originales d’Angélique Kidjo mettent en lumière la sensibilité de sa créativité, à l’instar de “Kelele”, qu’elle décrit comme du “High Life du Ghana” avant d’ajouter : “Partout où je vais dans le monde je veux que les gens n’oublient pas que nous sommes des êtres humains et que si nous ne nous amusons pas, rien n’aura de saveur dans notre vie”, ou encore de “Afia”, une composition d’influence brésilienne écrite avec le guitariste et chanteur Vinicius Cantuaria.
Deux autres titres viennent illustrer l’éclectisme musical d’Angélique. Tout d’abord, “Petite Fleur”, un standard de jazz du saxophoniste soprano Sidney Bechet, qui était l’une des chansons préférées du père d’Angélique, mort au printemps 2008. “Il fallait que j’inclus dans ce disque un morceau à sa mémoire,” explique Angélique. “Il a produit mon premier concert et a tenu tête à ceux qui lui disaient de ne surtout pas laisser sa fille devenir une saltimbanque”. Angélique interprète “Petite Fleur” dans sa version française avec toute l’affection et l’émotion qu’évoque le souvenir d’un être cher.
“Dil Main Chuppa Ke Pyar Ka” est aussi un autre titre très différent, certainement l’un des plus étranges de cet opus, inspiré d’une comédie musicale indienne, Aan, qui a bercé son enfance. Le morceau démarre au son d’une flûte indienne avant de vite basculer dans des rythmes plus enjoués mêlant High Life et l’esprit des musiques de film de Bollywood. “J’adorais cette comédie et l’une des chansons était restée gravée dans ma mémoire,” raconte-t’elle. “Mais il a fallu que mon frère aille en Inde pour son travail pour qu’on parvienne enfin à mettre la main dessus. Je lui ai envoyé un fichier MP-3 dans lequel je chantais ce dont je me souvenais et – aussi incroyable que cela puisse paraître – il a trouvé le film et la chanson.”
Malgré sa grande diversité, la musique d’OYO a été enregistrée sur un laps de temps étonnamment court. “Avec l’aide de Christian McBride à la contrebasse, Kendrick Scott à la batterie et Thiokho Diagne aux percussions,” annonce Angélique, “nous avons enregistré 16 chansons en quatre jours, sans aucune difficulté parce que j’avais plein d’idées en tête. Tout était déjà là, prêt à prendre forme et j’avais extrêmement hâte de l’exprimer. ”
Ainsi fut fait, avec la même intensité charismatique qu’Angélique Kidjo exprime sur scène. Lorsqu’on lui demande le secret de son enthousiasme, de sa volonté et sa créativité, elle déclare en éclatant de rire : “Sans défi à relever dans la vie, on s’ennuierait. Je garde toujours en tête ce que disait souvent ma grand-mère : ‘tu auras tout le temps de te reposer une fois mort.”
- Don Heckman
Discographie
2010 - OYO
Razor & Tie / Proper/Naive
2007 - DJIN DJIN
EMI
2004 - OYAYA
Sony
2002 - BLACK IVORY SOUL
Sony
2001 - KEEP ON MOVING
Wrasse
1998 - OREMI
Mango
1996 - FIFA
Mango
1994 - AYE !
Mango
1991 - LOGOZO
Island
1990 - PARAKOU
Island
1980 - PRETTY